La rentabilité des travailleurs

Chronique numéro 72 du vendredi 23 août 2019

La rentabilité des travailleurs

Scène

Ce matin j’ai observé par la fenêtre des éboueurs qui ramassaient les poubelles. Ils sont deux au cul d’un camion qu’on dit aujourd’hui dédié. Ils ne chôment pas, ils ne s’amusent pas. L’un court pour arriver aux poubelles de l’immeuble avant le camion benne. Il les empoigne et dès que le camion est arrivé à sa hauteur il les accroche à l’arrière. L’autre qui s’est fait transporter par le camion a l’air d’un feignant. Mais non, c’est calculé. Il est

Danseuses 1

là pour appuyer sans perdre de temps sur le bouton qui va soulever les poubelles, les basculer pour qu’elles se vident dans la benne. Pendant ce temps notre premier larron décroche le sac poubelle public plein d’ordures du trottoir, le remplace par un sac neuf et court jeter le vieux dans la benne.

L’autre, spécialiste du bouton est descendu de son perchoir décroche les poubelles vidées de leur contenu et les roule à leur place sur le trottoir. Il regagne son poste boutonneux et appuie sur un autre bouton qui indique au chauffeur du camion benne qu’il doit démarrer ce qu’il fait instantanément. Comme les prochaines poubelles sont quand-même assez loin, l’autre éboueur court derrière le véhicule qui roule et saute sur le marchepied qui lui est attribué. Les deux personnages sont emmenés à toute vitesse vers leurs prochaines poubelles où ils recommencent aussi vite que possible le manège que je viens de décrire. Il a duré quelques secondes. Pas de temps mort, pas de temps perdu. Les feignants sont bien employés. Ils sont rentables. Dans quel état seront-ils le soir ? Qui a réglé leur ballet ? Le chauffeur a-t-il une prime lorsque la tournée bat un record de rapidité ?

Cette brève action est le parfait reflet de notre société du profit. Le progrès n’est pas utilisé pour soulager la pénibilité des labeurs des travailleurs

Papillons

comme le philosophes des lumières l’espéraient. Au contraire, au nom de la rentabilité, ce ne sont pas les machines qui sont adaptées aux travailleurs pour le rendre la tâche plus agréable. Ce sont les travailleurs qui doivent s’adapter péniblement aux moyens techniques de dernière génération mis à leur disposition.

Mais que signifie être rentable ?

Dans le cas général, la rentabilité se mesure à l’aune des dividendes perçus par les actionnaires. Une entreprise qui leur en rapporte quinze pour cent est rentable. Si elle n’en rapporte que trois elle ne l’est pas. Dans ce dernier cas, il faut virer son PDG et un nombre non négligeable de salariés quitte à les mettre sur la paille. Une entreprise n’est pas une œuvre philanthropique mais une pompe à fric.

Dans le cas qui nous occupe être rentable c’est faire en sorte que le ramassage des ordures ménagères coûte le moins possible à la communauté, c’est à dire au contribuable pour que les élus puissent se

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targuer d’être de bons gestionnaires afin d’être réélus aux prochaines élections.

Pour assurer la rentabilité de la structure qui l’emploie, le travailleur, le salarié doit courir très vite vers un but qui recule sans cesse et vivre dans l’angoisse de perdre son boulot s’il n’est pas assez véloce. Tout cela pourquoi ?

Pour que ceux qui possèdent une once de pouvoir soit par leur fortune soit par leur situation sociale la conservent et si possible l’amplifient.

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Faire suer un maximum de personnes pour le plaisir de quelques-uns, tel est le bien-fondé de la rentabilité.

Prochaine chronique le vendredi 6 septembre 2019

 

 

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