POPULISME ET NATIONALISME

Chronique 55 du 28 décembre 2018

Populisme et Nationalisme

Pourquoi l’histoire… et la géographie

Tout à fait au début de ma scolarité à l’école primaire des institutrices mon dégoûté de l’histoire et de la géographie et toute ma jeunesse je m’en suis désintéressé*. Ce n’est que bien plus tard que, débarrassé de mon ressentiment à l’égard de ces disciplines, j’ai réalisé que pour comprendre la société présente il fallait connaître son histoire, aidé

Pétales dans l’herbe

en cela par la géographie, car l’état dans lequel se trouve notre monde ne sort pas de nulle part. Il est un aboutissement. Evidemment, si on se contente de vivre en suivant la foule versatile et ses changements d’opinion irraisonnés, pour hurler avec les loups, alors il n’est pas besoin de connaissance historique. Si cette foule me demande : « à quoi sert votre connaissance de l’histoire ? », je suis bien obligé de répondre : « à rien de concret ! ». En effet, même si je comprends par quel dédale on est arrivé à ce que nous sommes aujourd’hui et si cela me permet d’avoir un avis peut-être plus autorisé pour deviner vers quoi nous allons, je n’ai aucun pouvoir pour modifier notre trajectoire. Je suis dans la situation du voyageur qui saurait que le train qui l’emporte va dérailler, sans pouvoir l’arrêter. On peut sauter du train en marche avec les risques que cela comporte. On ne sort pas facilement de l’histoire. Avoir cette connaissance n’est donc qu’une satisfaction purement intellectuelle et personnelle.

Cependant lorsqu’on sait que l’histoire est un éternel recommencement avec des variantes suivant le degré de civilisation et d’avancées technologiques, parce que les sentiments qui guident les dominants et par conséquent l’avenir du monde sont gravés pour l’éternité dans leurs gènes, on peut deviner les signes avant-coureur d’une crise qui se prépare. Toutefois comme le peu de monde capable de les appréhender n’a ni le pouvoir ni l’autorité d’éviter une catastrophe prévisible, elle se produit au détriment du bon peuple qui la subit. Cela corrobore la pensée d’Einstein : « ce que l’histoire nous apprend, c’est que les peuples ne retiennent rien de l’histoire ».

Le populisme

Les intellectuels, dont le métier est de cogiter, ont défini le populisme : c’est l’attitude d’une certaine proportion d’une population dans un territoire donné qui ne fait plus confiance aux ‘élites’, pour ne pas dire qu’il les voue aux gémonies. Les mêmes élites vous diront qu’ils déplorent une telle attitude qui est très vilaine et surtout très méprisable. Cette notion de populisme inventée par eux en réaction envers ceux qui les accusent de les avoir abandonnés à leur triste sort et les condamnent pour cette raison est très péjorative. Les élites et les populistes sont deux fractions irréconciliables d’une société.

Mais qui sont les élites dans l’esprit des populistes ? La réponse est simple. Ce sont tous ceux qui parlent à leur place, ceux qui, croient-ils, les ont fait ce qu’ils sont : des malheureux, et ceux qui soutiennent ces actions. En gros les hommes politiques de tout bord et les smalas qui gravitent autour, intellectuels, journalistes, et communicants, c’est à dire les individus, mâles ou femelles, qui vivent bien en se nourrissant sur la bête sans rien produire d’autre que des discours, en un mot du vent. Il faut y ajouter les

5 fleurs de poirier

syndicalistes qui, à leurs yeux, parlent beaucoup et s’occupent surtout de la catégorie de travailleurs dont ils sont issus. Et pour finir, ce sont aussi ces gens qui dirigent dans l’industrie et dans les banques, qui sortent des grandes écoles, qui copinent avec les politiques, qui se goinfrent de millions d’euros, qui trichent, qui volent, qui mentent, qui se croient tout permis, qui sont de mauvais citoyens, qui ne sont jamais punis et se moquent pas mal de l’humanité souffrante.

Et qui sont les populistes ? La réponse est simple aussi. Ce sont tous les gens qui triment ou qu’on a mis au chômage, et qui, pendant des décennies ont été négligés par ceux qui nous gouvernent et ont été poussés en silence dans la pauvreté, comme on cache la poussière sous le tapis, n’apparaissant de temps en temps que la forme de grève ou de statistiques aux yeux de ceux qui s’y intéressent.

Les statistiques, parlons-en. Il y a des choses floues dans mon esprit. Par exemple quand on parle du revenu par habitant, je ne sais pas si dans un ménage on compte les bébés comme un habitant à part entière. Mais en gros les chiffres sont révélateurs. En France on trouve, d’après l’INSEE sur internet, que le revenu médian était en 2015 de 1783€. On a institué arbitrairement le taux de pauvreté à 60 pour cent du revenu médian. Donc les gens qui avaient comme revenu 1783 x 0,6 = 1069,8€ ou moins étaient considérés comme pauvres. Ils représentaient 14 pour cent de la population soit environ 9 millions d’habitants. Ce qui, quand on y pense, n’est pas rien. Surtout qu’il y a une certaine proportion de cette population qui a beaucoup moins de revenus. Par exemple en 2014 il y avait 2 millions de personnes qui avaient un revenu mensuel de 713€ ou moins. De 2000 à 2014 le taux de pauvreté n’a pas cessé de croître. Il n’y a pas de raison que de 2014 à 2018 ce mouvement d’ascension se soit arrêté.

Comment peut-on vivre avec de tels revenus ? Peut-on seulement survivre ? Pourquoi se résignent-ils si sagement ? A quoi sert la devise de notre république ‘liberté, égalité, fraternité’, et surtout les mots égalité et fraternité ? Sont-ce seulement des attrape-couillons consolateurs ?

L’exploitation politique du populisme

L’histoire nous apprend que la pauvreté et la misère d’un peuple essentiellement constituée de paysans, engendrait sa colère et amenait de temps en temps sa révolte. Sous l’ancien régime les nobles nommaient les révoltes de paysans pauvres des jacqueries par dérision. Elles étaient violemment réprimées par ceux-là. Plus près de nous des révoltes se sont transformées dans certains pays, dont la France, en révolutions. Elles n’ont pu aboutir que parce que des personnages plus ou moins malins, plus ou moins sincères, plus ou moins honnêtes, ont su prendre les choses en main pour cristalliser les mécontentements et organiser par la force la destitution du système politique en place pour le remplacer par un nouveau, souvent à leur profit.

Aujourd’hui, dans toute l’Europe des malins voient le parti qu’ils peuvent tirer du mécontentement populaire. Ils sont de deux types opposés : d’extrême droite et d’extrême gauche.

L’extrême gauche voudrait une révolution comme en 89. Elle a des soutiens dans la population mais pour des raisons historiques et à cause de sa maladresses elle a peu de chance de réussir. Sa réussite n’est pas

Troupe défaite

souhaitable car les dégâts collatéraux des révolutions et leurs effets pervers sont souvent ravageurs sans amener d’amélioration pour le gros de la population.

L’extrême droite a plus de succès car elle sait mieux se servir des ressorts psychologiques des individus. Elle sait aussi que les mêmes causes produisent les mêmes effets. De plus, elle a deux exemples historiques pour modèle : les montées irrésistibles d’Hitler et de Mussolini. Elle sait que pour réussir il faut cristalliser la colère populaire, non sur les véritables responsables de la pauvreté et de la misère qui sont inatteignables, mais sur un ou deux boucs émissaires immédiatement tangibles, visibles et palpables. Pour Hitler c’étaient les juifs. Pour l’extrême droite française ce sont les immigrés et l’Europe. Malheureusement ce n’est pas complètement faux, mais ces deux boucs émissaires ne sont que les conséquences des calculs des vrais responsables de la pauvreté : les riches, les super-riches, les hyper-riches, en un mot les actionnaires des multinationales. Les dirigeants de cette extrême droite n’ont pas intérêt à ce que les choses s’arrangent pour les pauvres pour l’instant, au contraire, car plus il y en aura plus ils auront d’électeurs qui voteront pour eux, croient-ils. Pour l’instant, en France, ils plafonnent à environ vingt pour cent du corps électoral, mais par deux fois au second tour des élections, ils ont été opposés au futur président de la république. Ils ont des raisons d’espérer, encouragés par ce qui se passe en ce moment dans divers pays européens. Ils savent aussi que des minorités agissantes valent mieux que des majorités vagissantes.

S’ils arrivent au pouvoir que feront-ils. Ils instaureront un régime autoritaire avec rien pour les pauvres puisqu’ils ne possèderont pas la réalité du pouvoir économique. Comme ceux qu’ils auront

Récolte de pommes de terre

détrônés, ils feront semblant mais ils assureront férocement ‘l’ordre’ avec tout ce que cela sous-entend !

Que font nos politiques pour résister à la montée de ce parti ? Rien parce qu’ils n’ont aucun pouvoir réel sur l’économie quand ils ne commettent pas d’erreurs psychologiques irréparables. Il ne leur reste qu’à diaboliser de façon méprisante les gens qui se réfugient dans l’extrême droite, n’ayant pas d’autre choix.

Le nationalisme

Le nationalisme est une sorte de repli sur soi d’une partie de la population d’un pays, qu’il ne faut pas confondre avec le patriotisme. C’est un sentiment qui va de paire avec le populisme. Quand une partie de la population française va mal et se sent mal, les même malins qui dirigent sa colère vers les immigrés et l’Europe prônent l’isolement du pays et la haine des autres nations. Ils créent un sentiment : le nationalisme. Dans un passé ressent, bien orchestré, ce sentiment a conduit à la haine entre les peuples et aux grandes guerres. Espérons que ce processus ne se renouvellera pas.

Les gilets jaunes

Au moment où j’écris ces lignes, les populistes révoltés des régions, les gilets jaunes, manifestent en France depuis plus d’un mois contre des taxes qui diminuent encore leur pouvoir d’achat. Ces mesures ont été prises sans concertation, à la légère, par des gouvernants intellectuels qui vivent bien protégés, bien nantis, à l’abri du besoin, sans souci pour les moins bien dotés de nos concitoyens qu’ils semblent ignorer, sinon mépriser et qu’ils traitent comme des variables d’ajustement.

Avec quel prétexte ? L’écologie et le réchauffement climatique. Avec quelle arrière pensée ? Gagner des électeurs écologistes et équilibrer le budget. Soit les gouvernants sont malhonnêtes, soit ils sont d’une

Bouquet dans la cheminée

bêtise et d’une naïveté crasse (voir la chronique suivante sur l’écologie).

Dans un cas comme dans l’autre ils ne méritent pas d’être au pouvoir. Mais par qui et par quoi les remplacer ?

 Prochaine chronique le vendredi 11 janvier 2019

*Comment j’ai été dégoûté de l’histoire et de la géographie.

 Pour une institutrice du temps de ma jeunesse j’étais odieux. J’étais bavard, je discutaillais et dénonçais ce qui me paraissait être des injustices. La tâche des enseignants de cette époque était d’enseigner, bien sûr, mais aussi de faire entrer dans le rang, dans le moule, les rebelles dont je faisais partie. Tous les moyens étaient bons pour les briser, sans compter avec la rancœur de l’instit contre l’enfant qui gâchait la bonne marche de la

Pauvres tournesols

classe. Il faut dire qu’en ce temps là on était quarante par classe.

Aussi les enseignants m’attendaient-ils au tournant, moi l’emmerdeur. Cela a commencé avec la géographie au cours préparatoire ou élémentaire. Il s’agissait de réciter sa leçon. Quand on était appelé, cette fois-là, il fallait monter sur l’estrade et suivre avec une règle, sur une grande carte accrochée au tableau, les principales lignes de chemin de fer françaises qui partaient de Paris en les énumérant. Quelques élèves étaient passés avant moi et lorsqu’ils désignaient la ligne Paris-Calais ils montraient un lieu beaucoup plus bas que Calais. Je m’en étais aperçu et mentalement je corrigeais la faute. Quand mon tour est arrivé, au lieu de faire ce que je savais, j’ai fait comme les autres. L’institutrice m’a dit : « tu ne sais pas ta leçon, va à ta place avec un zéro ». J’ai essayé de discuter : « toi tu es grand, tu pouvais vraiment montrer Calais ». Pour une fois elle m’avait maté et surtout elle m’avait dégoûté de la géographie.

En ce qui concerne l’histoire, l’anecdote est semblable. Il fallait apprendre par cœur à la maison quatre lignes sur le livre après chaque leçon. J’avais une excellente mémoire, cela ne me posait pas de problème. J’étudiais le texte le matin sur mon pot avant d’aller à l’école. La même institutrice m’a interrogé, et là, trou de mémoire : « m’dame j’ai appris ma leçon mais il me manque le premier mot de la phrase.

-Assieds-toi tu ne sais pas ta leçon. Zéro ». En m’asseyant le mot m’est revenu et j’ai récité ma leçon à mon voisin qui a dit : « m’dame, il sait sa leçon. Il vient de me la réciter.

-C’est trop tard, » a dit la mégère, bien contente de rabaisser mon caquet. Là, j’ai été vraiment traumatisé. J’ai été dégoûté de l’histoire comme de la géographie, mais à la suite de cet évènement je n’ai plus jamais pu apprendre un texte par cœur comme de la poésie, ce qui a été un léger handicap pour la suite de mes études. A partir de ce moment je me suis complètement désintéressé de ces deux matières. Cela a été sans conséquence car j’ai poursuivi mes études dans des sections techniques où elles avaient peu de poids aux examens et concours.

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