COMMÉMORATIONS ET PRIX DES CARBURANTS

Chronique 53 du 30 novembre 2018

Commémorations et prix des carburants

Nous sommes en pleine commémoration du centenaire de l’armistice de la ‘Grande Guerre’ (GG). Ce qui provoque chez moi quelques réflexions   extravagantes, comme d’hab.

La guerre d’Algérie

Bien que je sois un ancien combattant, je n’assiste jamais aux commémorations d’ordre militaire. J’ai ‘fait’ la guerre d’Algérie. C’est à dire que j’ai été soldat, que j’ai fait mon service militaire, que j’ai été

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appelé sous les drapeaux comme on disait dans les milieux patriotiques, pendant vingt-sept mois. Une partie en France, une partie en Algérie. Cela veut dire que des hommes politiques, élus démocratiquement pour conduire la politique de la France, ont disposé de ma personne et de celle d’autres jeunes gens, sans nous demander notre avis, au nom de la grandeur de la France et de son empire colonial, pour une cause perdue d’avance.
Pour quel bilan ? 28.000 militaires français tués, 250.000 civils algériens environ tués, au moins 50.000 harkis tués au combat ou massacrés à l’indépendance de l’Algérie. Sans parler des blessés et estropiés de toute nature. On a entretenu et équipé (mal) une armée de 500.000 appelés pour ‘maintenir l’ordre’ pendant plusieurs années, ce qui a coûté une fortune qui aurait été mieux employée sur le plan économique pour tenir tête à l’Allemagne qui se contentait de travailler… avec un gaspillage des ressources de toutes natures gérées par des militaires incompétents.
Et surtout pour finir par s’avouer vaincu sans le dire, c’est à dire que tous les sacrifices sur les plans financier, matériel et humain consentis avec réticence par le peuple français pour conserver un territoire conquis au dix-neuvième siècle cruellement et malhonnêtement, sur des populations hostiles, ont été faits en pure perte, par la grâce d’hommes politiques sans clairvoyance sous l’influence cachée de gens intéressés financièrement au maintien des colonies dans le giron de la France, avec comme prétexte officiel un patriotisme de mauvais aloi.
Evidemment c’est un bilan ridiculement misérable par rapport à ceux des deux guerres mondiales et par

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rapport à celles qui se développent dans le Moyen Orient depuis quelques décennies.
Je ne suis pas amer. Contrairement à beaucoup d’appelés de l’époque je n’ai jamais regretté cette période de ma vie et j’en garde un bon souvenir. J’étais officier dans les transports. J’avais une vie confortable. Je pouvais me laisser aller à ma paresse. J’ai vu du pays et des gens. Je n’ai jamais crapahuté et risqué ma vie dans le djebel à la traque des fellagas. Je risquais juste de sauter sur une mine ou de tomber dans une embuscade lorsque je guidais dans ma jeep un convoi de camions sur les pistes poussiéreuses. J’étais apparemment bien considéré des militaires professionnels. Et surtout j’étais loin des attaches familiales ou sentimentales que l’on a dans le civil et qui sont souvent des chaînes lourdes à porter. Je me sentais libre !

Et pourtant je fuis les commémorations.

La super commémoration

Parce qu’un exalté taré, comme il en existe en tout lieu et en tout temps, a assassiné un connard d’héritier de grand duc avec sa femme, et parce qu’il était serbe, une chaîne de gens, puissants par droit divin, imbus de leur personne, guidés par leur orgueil, leur avidité et leurs prétentions et surtout très peu soucieux de la misère humaine comme tous les dominants, prenant cet évènement comme prétexte, a signé l’arrêt de mort de 18 millions de personnes dont 9,7 millions de militaires et 8,9 millions de civils dans des conditions souvent atroces. Ils ont signé aussi le droit de blesser, d’estropier, de gâcher la vie de 21 millions d’autres personnes sans parler des dommages collatéraux, c’est à dire de leurs familles tombées dans la peine ou le désespoir.
Tout cela pour quoi ? Pour terminer un conflit, ‘la grand guerre’ (GG) par un armistice conçu par d’autres individus imbus de leur personne, sans clairvoyance, qui contient en germe les causes d’une nouvelle grande guerre.
Surtout, ne pas croire que dans cette guerre tout le monde a souffert. Comme toujours, des malins ont su

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souffler sur les braises pour en tirer profit. C’est ça l’humanité.
En France, elle a été menée par des généraux orgueilleux, sûrs d’eux, convaincus de leur légitimité, mais souvent incompétents, bien installés à l’arrière, loin du front, nourris au caviar et désaltérés au champagne, servis par une cohorte de militaires planqués de tous grades, pendant que les hommes de troupe grelottaient sous la pluie et la neige, s’enlisaient dans la boue, et vivotaient dans la peur de finir blessés sans secours ou broyés par des explosifs toujours plus puissants mis au point avec amour par des ingénieurs camouflés à l’abri et bien payés. Lorsque quelques-uns de ces malheureux troufions cherchaient à fuir l’enfer dans lequel ils vivaient ou se révoltaient contre leur sort avec juste raison, les officiers planqués au calme les traitait de lâches, de traites et les condamnaient à mort.

Pourquoi je fuis

Donc, aujourd’hui dimanche 11 novembre 2018, c’est la commémoration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Cela veut dire que depuis cent ans on commémore chaque année à cette date le souvenir de cet événement. Chaque année à cette date dans toutes les communes de France des anciens combattants se sont pointés avec drapeaux et décorations devant les monuments aux morts accompagnés par les fanfares locales. Devant eux, chaque année à cette date, des hommes politiques, maires, députés, sénateurs, Présidents de la République, on péroré, c’est à dire qu’ils ont prononcé un discours stéréotypé vantant les mérites des soldats français morts pour la France. Chaque année à cette date, ils oublient les blessés et les civiles tués. Chaque année à cette date ils fêtent LA victoire. Et cette année à cette date, parce que c’est un centenaire, partout en France, dans toutes

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les écoles, on explique que mourir pour la patrie est ‘le sort le plus beau, le plus digne d’envie’ comme pour préparer le bon peuple à la prochaine castagne mondiale. Il n’y a plus d’anciens combattants de la GG. Ils sont tous morts. C’est dommage, ils auraient assisté à une vraiment belle commémoration. Qu’est-ce qu’ils auraient été contents !
Notre président, opportuniste avant tout, se sert de cette commémoration centennale pour se faire mousser, l’air de rien, devant la communauté internationale et le bon peuple de France en invitant des chefs d’état à gueuletonner à nos frais. Il n’y a pas de petit profit !
Et pourtant, bien qu’ancien combattant, je fuis les commémorations du 11 novembre comme les autres.
Pourquoi ?
A midi ce jour j’ai entendu une bribe du discours du président Macron dans laquelle il a prononcé ces mots : ‘la folie des hommes’. J’ai rétabli sa pensée : la guerre est due à la folie des hommes. Autrement dit puisqu’elle est due à la folie des hommes qui est un état naturel de l’humanité, elle est la faute à personne comme la pluie ou les tremblements de terre, donc elle est inévitable, donc il faut faire avec ! Surtout pas de coupable !
Est-ce une solidarité post mortem plus ou moins inconsciente de nos dominants élus pour les dominants responsables de la GG de part et d’autre du Rhin qui les pousse à passer sous silence leur culpabilité. Responsables mais pas coupables a dit un jour un ministre ! Belle expression pour se dédouaner.

Et voilà pourquoi je fuis les commémorations comme on fuit la pluie ou les tremblements de terre. Surtout ne pas dire que la guerre d’Algérie, comme la guerre d’Indochine, est due à l’entêtement de politiciens sans vision et sans envergure, que la première guerre

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mondiale est due à une chaîne de connards avides, orgueilleux, inhumains et satisfaits, que la seconde est due à un exalté diabolique soutenu par des industriels insatiables et égoïstes qui avaient peur des communistes. Il ne faut surtout pas salire les nantis dominants de toutes sortes qui, en suivant leurs sentiments, ont le pouvoir d’entraîner le bon peuple dans des catastrophes. Des fois qu’il leur demanderait des comptes ou qu’il leur rappellerait leurs insuffisances !

Ne pas oublier que la guerre est faite par des hommes qui se battent et ne se connaissent pas pour des gens qui se connaissent et ne se battent pas. C’est un peu réducteur mais plein de vérité.

Quel rapport entre commémoration et prix des carburants ?

Il est simple et pas évident. Notre président du haut de son Olympe, tout comme Napoléon ou Louis 14 sait ce qui est bon pour … . Au fait pour qui ou quoi ? Bien qu’un faible pourcentage des Français lui accorde sa confiance, il fait ce qu’il veut car il pense détenir la légitimité du suffrage universel et la vérité en toute chose. Mais aussi il voudrait bien être réélu en 2022. Alors il navigue à la godille entre les îlots de population susceptibles de voter pour lui pour les satisfaire ou ne pas les froisser. Il sait que ‘les gens qui ne sont rien’ qu’on appelle communément le peuple ont été rejetés petit à petit depuis des années par les premiers de cordée dans un ghetto, le ghetto des gens qui ne sont rien, le ghetto des gens qui souffrent, le ghetto des gens qui tirent le diable par la queue, le ghetto des populistes, expression péjorative inventée récemment pour les marginaliser, les mépriser et leur faire honte. Il sait qu’il ne peut rien pour eux, qu’il n’en a ni le pouvoir ni la volonté. Il sait qu’il ne pourra rien en tirer sur le plan électoral alors il ne les ménage pas.
Avec l’augmentation du prix du carburant qui les enfonce un peu plus dans la difficulté de joindre les deux bouts, autoritairement il les met à contribution sous le prétexte fallacieux de la contribution à l’écologie, en réalité pour équilibrer un budget dont ils profitent de moins en moins. Il s’en moque, qu’ils

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triment pour survivre, pour faire plaisir aux écologistes, pour équilibrer le budget, pour ne pas léser les actionnaires et pour sa gloire.
S’il y avait une bonne guerre il les enverrait, droit dans ses bottes, sans état d’âme au casse pipe pour la grandeur de la France et la sienne propre.
C’est la même mentalité que celle des gouvernants de la GG des deux côtés du Rhin qui pensaient : «le peuple dans les tranchées, qu’il souffre, qu’il crève, pour la patrie, pour la grandeur de notre pays et notre gloire ! ».

Peuples souffrants et morts dont on commémore aujourd’hui le sacrifice, toutes ces cérémonies sont pour vous. Réjouissez-vous !

J’assisterai à ces comédies le jour où dans leur discours les gens qui nous dirigent se montreront humbles et conviendront que par leur insuffisance ils pourraient, comme en quatorze, nous entraîner dans une catastrophe.

Autrement dit, jamais !

Prochaine chronique le vendredi 14 décembre 2018

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