Les multinationales

Chronique 42 du vendredi 29 juin 2018

les multinationales

Pour le sens commun une multinationale est une entité commerciale monstrueuse qui écrase les sociétés à la manière d’un char d’assaut. Comme disent les intellectuels, c’est plus compliqué que ça ! Une multinationale estune entreprise qui exerce son activité dans au moins deux pays. Il y a des petites multinationales qui vivotent et les grosses qui écrasent. Pour les Français il y a les bonnes multinationales, les françaises, et les méchantes,

Paysage avant la pluie

les étrangères, en particulier les états-uniennes. C’est vrai que pour l’instant, en France, ce sont ces dernières qui sont les plus virulentes, comme on le dit des bactéries pathogènes.

Origine

Depuis l’origine des temps des échanges ont eu lieu entre des lieux éloignés de la planète. Les archéologues préhistoriens découvrent des bijoux, des poteries, des tissus, des armes dans des tombes à travers l’Europe très loin de leur lieu de fabrication. Il y avait des gens entreprenants, aventuriers, courageux qui avaient le goût du troc. C’étaient des multinationaux avant l’heure. Le commerce international ne date pas d’hier mais il a pris aujourd’hui une importance considérable. Il est devenu la règle. Par exemple en France, à part les produits agricoles, et encore, nous ne produisons presque plus rien de ce que nous consommons. Nous l’importons. Plus ça va et plus le nombre de fabricants purement français diminue sur notre sol. Nous sommes envahis par les multinationales et leur production. Mais qu’est-ce qu’une multinationale ?

Un jour, quelque part en occident, mais souvent aux USA pays dit de la libre entreprise, un type dynamique invente un truc qui se vend bien. Il fait appel à une banque pour étoffer son entreprise et lui donner de l’ampleur. Elle s’agrandit. Il l’introduit en bourse. Elle a maintenant des actionnaires. C’est le succès. L’inventeur devient millionnaire avant la guerre de 1939 et milliardaire aujourd’hui. Cela peut être l’histoire d’un pharmacien qui invente au dix-neuvième siècle une boisson à base de coca et de cola ou bien

Paysage imaginaire 1

celle d’un étudiant qui hier trouve un moyen de communiquer simplement avec un ordinateur. Comme l’appétit vient en mangeant le type en question et les actionnaires ne se trouvent jamais assez riches. Ils deviennent boulimiques de fric. Comme il ne sont pas bêtes ils font appel à des professionnels de la gestion des entreprises pour faire fructifier la leur. La concurrence est rude il faut se défendre, et puisque la meilleure défense est l’attaque alors on combat le concurrent. La philosophie, le bien-être de l’humanité, l’honnêteté, ils ignorent tout occupés qu’ils sont de leur petite personne et de leur porte-monnaie. Aussi ils ne sont pas très regardant sur la moralité de leur personnel pourvu que les dividendes restent à un niveau élevé, disons quinze pour cent aujourd’hui, et que les magouilles restent discrètes. Les gestionnaires sont grassement payés. Ils tiennent à leur place. Il faut qu’ils plaisent. Ils doivent donc assurer la régularité des revenus de leurs employeurs. Comme ils sont aussi dépourvus de scrupules qu’eux ils ne sont pas très regardant sur la méthode pour assurer les bénéfices.

Arrivé à ce stade de développement, pour augmenter les dividendes, l’entreprise doit s’étendre, c’est à dire sortir des frontières de son pays d’origine pour étendre son champ d’action. Elle devient une multinationale. Ses dirigeants sous l’impulsion des actionnaires oeuvrent pour « conquérir de nouveaux marchés ». Un obstacle à cette extension a été jusqu’en 1947 constitué par les Etats qui voulaient protéger leurs producteurs nationaux de la concurrence plus ou moins honnête des multinationales en puissance. A cette date les hommes politiques états-uniens se sentaient les maîtres du monde sur le plan militaire et économiques. Poussés par leurs capitalistes ils ont voulu étendre les principes du libéralisme économique à l’ensemble de la planète pour que leurs entreprises puissent fourguer leur coca-cola et se sentir comme des poissons dans l’eau dans tous les pays et devenir de véritables multinationales. Ils l’ont fait à travers une vague institution qu’ils dominaient, le GATT. Ils ont imposé la baisse des droits de douane sur les marchandises qu’ils exportaient, la libre circulation des capitaux et la possibilité d’exploiter les ressources naturelles des pays pauvres sans contrôle.

En 1995 l’OMC a succédé au GATT. Elle a renforcé les mesures de libéralisation du commerce pour arriver à ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation. Elle a essayé d’imposer à tous les pays l’affaiblissement du contrôle des Etats sur leur économie et la privatisation de tout ce qui peut rapporter du fric aux actionnaires des entreprises, multinationales ou non, comme par exemple la santé ou les transports en prétextant :

1) que la gestion privée est meilleure que la gestion publique,
2) que l’intervention des états dans l’économie faussait la sacro-sainte loi du marché et faisait du tort à ces pauvres riches !

C’est devenu l’âge d’or des multinationales et par conséquent de leurs actionnaires.

On a vu que les multinationales ont des moyens légaux (chronique 37) d’enrichir leurs actionnaires. Grâce aux lobbies qui influencent les politiques elles peuvent rendre légal dans certains Etats ce qui ne l’est pas pour étendre leur champ commercial. C’est là qu’on retrouve notre image guerrière du char d’assaut.

L’action des multinationales

Hitler avait promis à ses actionnaires, son peuple, au nom duquel il disait parler, le paradis sur terre en élargissant son espace vital et en mettant à sa disposition les ressources et les bras des habitants des pays qui entouraient l’Allemagne. Pour cela il a envisagé la guerre. Il a fait construire des chars d’assaut et les a envoyés à la conquête de l’Europe. Le chef de char obéissait à ses supérieurs qui obéissaient à leur général qui obéissait à Hitler qui lui-même était censé obéir à son peuple puisque la guerre était faite pour lui procurer le bonheur. Le chef de char avait pour mission de conquérir par tous les moyens des territoires, mais aussi d’écraser les gens, ces minables

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des autres pays, de tirer sur tout ce qui bougeait et de détruire ce qui ne pouvait pas être utile au peuple Allemand. Enfermé dans sa caisse d’acier il ne voyait rien des misères qu’il provoquait. Il y était indifférent. Il en était de même pour Hitler qui vivait loin des combats. Le chef de char semblait tout puissant jusqu’au moment où il a rencontré d’autres chars. On connaît la suite …

Les multinationales sont comme des chars d’assaut, envoyées à la conquête du monde par les actionnaires pour se gaver de fric en exploitant et vendant tout et n’importe quoi. Dans ce qu’on appelle la guerre économique, elles écrasent tout sur leur passage, les gens et les choses. Peu leur chaut de réduire des gens à la misère en les mettant au chômage, en les réduisant en esclavage ou en les empoisonnant. Pour le moment la plupart de ces entité sauvages ont pour origine les Etats-Unis; à quand le duel avec les Chinoises ? En attendant tous les moyens sont bons, honnêtes ou malhonnêtes, pour contrer l’action des Etats, conquérir des marchés et tirer un maximum de bénéfices pour les répartir en dividendes. Quand elles rencontrent un concurrent elles tirent dessus à boulets rouges, c’est à dire qu’elles s’arrangent pour le mettre en faillite ou l’absorber pour augmenter leur potentiel de nuisance et se trouver en situation de monopole, bien que ce soit interdit.

Vues de l’extérieur, elles paraissent des monstres froids comme des chars d’assaut. On dit : « les multinationales sont ceci ou sont cela ! ». En réalité ce sont des entreprises humaines, inhumaines, commandées par des individus hommes ou femmes, analogues au chef de char, qui n’ont qu’un seul but : plaire aux actionnaires en les enrichissant toujours plus tout en grappillant pour eux-mêmes des miettes conséquentes de leur action. Tous ces individus, comme les chefs de char vivent dans des milieux protégés loin des méfaits qu’ils produisent et qu’ils ne veulent pas voir.

Le hasard peut faire que certaines de ces entreprises comme les laboratoires pharmaceutiques semblent travailler pour le bonheur de l’humanité. C’est un leurre. Leur seul but est de fabriquer des ‘trucs’ à vendre. Il se trouve que

Paysage imaginaire 4

ces trucs sont des médicaments. Mais de récents scandales sanitaires montrent que la santé des gens n’est pas leur véritable priorité. Dans le même ordre d’idée, les multinationales abhorrent le principe de précaution. Quand elles trouvent un ‘truc’ nouveau qui correspond à un besoin précis et qui doit bien se vendre elles le mettent en vente sans précaution quittes à le retirer du marché en se faisant tirer l’oreille si le truc fait des victimes dans les populations.

C’est le cas des nanoparticules de dioxyde de titane qu’on a mis à toutes les sauces sans précaution pour faire briller la marchandise alimentaire industrielle et dont on pense maintenant qu’elles sont toxiques.

En général ce sont les Etats qui réagissent sous l’action de l’opinion publique. Les multinationales n’aiment pas les Etats. Elles souhaitent leur effacement et si possible leur disparition car ce sont (de moins en moins) des empêcheurs de gruger, de voler et d’empoisonner en rond.

Les économistes, ces charlatans, vous expliqueront que les multinationales assurent le progrès de l’humanité, ce qui n’est pas faux à condition de définir la notion de progrès (chronique 39).  MAIS ne jamais oublier que le VERITABLE rôle des multinationales n’est pas d’améliorer le sort de l’humanité mais d’enrichir toujours plus les actionnaires qui ne se sentent jamais assez riches.

En ce moment

Et la Chine est sortie de l’ombre, imprévisible, provoquant un effet pervers. Elle a profité des règles promues par l’OMC pour envahir le marché états-unien aidée en cela par les capitalistes du pays qui devaient y trouver leur compte (je ne sais ni pourquoi ni comment, cela demanderait une étude

Grues 1

spéciale). Cela a détruit une partie du tissu industriel du pays et mis au chômage des millions de gens exactement comme en France.

Trump qui joue au fou, par sa politique et son attitude tant décriées veut-il sincèrement réparer les dégâts ? Peut-il le faire ?

Prochaine chronique le 13 juillet 2018

 

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