Nouvelle. Economies 3

Chronique N°31 du vendredi 26 janvier 2018. Economies 3 ème épisode

PéPé a toujours mal aux yeux d’où la suite de la publication de la nouvelle ‘Economies’ en feuilleton.

Economies

Episode 3

Conseil des ministres n°20

Résumé. Il était une fois dans un lointain pays d’une lointaine planète d’une lointaine galaxie, à Rapis, capitale de la Canfre, un conseil des ministres restreint et augmenté qui voulait faire faire des économies à la sécurité sociale des vieux pour faire plaisir aux riches qui ne veulent pas payer pour les pauvres.

C’est le même conseil des ministres restreint et augmenté que le conseil n° 16.

Fred Monorgueil, Tout Puissant Président de la République, et son Ombre,
René Tréfilou, Premier Ministre,
Léon Fricoseil, Ministre des Economies, des Finances et des Fins de Mois,
Jérémie Jamémieux, Ministre de l’Insécurité Sociale,
Noël Noëlotison, Sous-Secrétaire d’Etat aux Fêtes de Fin d’Année et du Quatorze Juillet,
Jaco Nexion, Secrétaire d’Etat aux Relations avec le Show-Biz et les Médias Complaisants,
Marguerite Latrique, Ministre de l’Amour, de la Santé, des MST et des Perversions Sexuelles,
Paul Ussion, Ministre de l’Intelligence Industrielle et du Libéralisme Economique,
Mimi Pinson, Ministre de la Culture, des Loisirs, du Jardinage et des Petits Oiseaux,
Olivier Piedemouton, Ministre de l’Agriculture, des Clones et de la Bio-Analogie,
Fernande Tardépoc, Secrétaire d’Etat au Temps Présent, à la Recherche et aux Technologies Rentables,
José Palefer, Secrétaire d’Etat aux Cultes, Sectes et Dévotions.

Neige à Noël

Madame Mimi Pinson, Ministre de la Culture, des Loisirs, du Jardinage et des Petits Oiseaux, est retardataire.

« Bonjour messieurs et Mesdames les Ministres, Secrétaires et Sous-Secrétaires d’Etat. Je déclare le Conseil des Ministres numéro vingt ouvert. Notre Ministre de la Culture, des Loisirs, du Jardinage et des Petits Oiseaux, madame Mimi Pinson n’est pas là. Peut-être qu’elle se défile. Elle aura mal digéré le conseil numéro seize.
– Notre Tout Puissant Président, il ne faut pas se fier à sa frêle apparence. Madame Mimi Pinson est une véritable autruche. Elle digère tout. Elle m’a passé un coup de fil pour m’avertir de son retard dû à un pigeon diarrhéique qui l’a arrosée d’une monstrueuse fiente alors qu’elle passait sous un marronnier de l’avenue Georges Landem. Elle est rentrée chez elle pour se changer et acheter à la pharmacie un médicament anti-diarrhée pour l’administrer au pigeon.
– Merci pour ces précisions, Monsieur le premier. Vous voyez, il ne faut jamais se fier à ses amis. Dès que vous avez le dos tourné, ils vous chient dessus. Je vais assister à la discussion de la première question à l’ordre du jour, celle qui me tient le plus à cœur : que faire avec les vieux ? N’est-ce pas Monsieur le Premier ?
– Oui, notre Tout Puissant Président.
– Ensuite, Monsieur le Premier, vous présiderez la suite de la séance du Conseil. Je dois accompagner Esméralda à sa répétition de danse ayur-védique pour son spectacle du mois prochain au Colisée à Rome. Elle y tient, et comme je ne sais rien lui refuser, elle me mène par le bout du nez. C’est ma sixième femme. Je me fais toujours avoir. Ne vous mariez jamais. Ah ! J’allais oublier. Quelqu’un, ici, n’a pas pu tenir sa langue. Je crois savoir qui c’est. On m’a signalé un petit entrefilet dans « Rapis Bavard » qui parlait de notre projet pour les vieux. C’est inadmissible. Je vais me fâcher tout rouge. Les médias seront mis au courant quand je le voudrai et pas avant. A vous Monsieur le Premier.
– Monsieur Fricoseil pouvez-vous achever d’exposer votre projet pour faire des économies ?
– Oui Monsieur le Premier. Voilà ! La base de mon système est l’examen, ce qui permettra d’être progressif et intelligent, le contraire de brutal. Tout le monde ne sera pas mis dans le même panier. Pour ceux qui savent vivre, qui ont un esprit curieux, tout restera comme avant.
– Au fait, au fait, Monsieur le Ministre des Economies, des Finances et des Fins de Mois. Assez philosophé.
– Oui, Monsieur notre Tout Puissant Président. Ne soyez pas impatient. J’y arrive. Voilà !

Neige sur la Seine

Quand un  citoyen canfrais arrivera à la retraite, on l’invitera à se rendre sur un  site gouvernemental où il étudiera une liste de mille questions avec leurs réponses. Il aura un an pour étudier et profiter tranquillement d’un repos bien mérité, puis il passera l’examen qui consistera à répondre à cent questions choisies aléatoirement parmi les mille. S’il obtient la moyenne ou une certaine note que nous définirons ultérieurement en fonction de nos objectifs financiers, ses frais médicaux seront remboursés suivant le barème en vigueur pour les gens en exercice. Sinon il touchera une somme forfaitaire comme je l’ai déjà expliqué.
– Et pour ceux qui ne travaillent pas ? Les femmes au foyer par exemple ?
– On définira un âge, par exemple soixante ans, mais ça peut être moins, à laquelle ils devront passer l’examen.
– Et si les gens concernés ne se présentent pas ?
– On leur laissera une seconde chance, peut-être même une troisième, pour que l’on ne nous accuse pas d’inhumanité. Mais ils devront payer une amende. Ceux qui s’obstineront dans leur abstention, toucheront automatiquement la somme forfaitaire. En plaçant la barre de la réussite à l’examen nous-mêmes, par décret pour chaque année, nous pourrons décider du nombre de reçus à l’examen en fonction de la conjoncture. Et par exemple lorsque tous les retraités auront été traités, si le taux de réussite est globalement de cinquante pour cent l’économie réalisée par la sécu sera de quatre-vingt dix milliards d’écofrics. A nous de gérer ce taux de réussite. Je pense qu’on ne pourra pas descendre en dessous de vingt-cinq pour cent sans de graves mouvements sociaux.
– Tout ça est très arbitraire et ne laisse guère de place à la concertation.
– Nous avons devant nous deux attitudes possibles. Nous pourrons toujours réunir une table ronde avec des représentants du patronat et des syndicats. Le patronat sera d’accord comme d’habitude et nous ferons semblant d’écouter les représentants syndicaux en les flattant et en leur graissant la patte, comme d’habitude, et le tour sera joué. Je pense que c’est la méthode longue mais sûre. Ou bien nous passons en force et nous serons obligés de reculer. Je le dis avec regret, comme d’habitude.
– Qui veut poser une question à notre brillant ministre ? Monsieur Noëlotison ?
– Que se passera-t-il pour nous lorsque nous arriverons à la retraite ?
– Ne soyez pas inquiets, par décret nous établirons une liste des personnes dispensées de l’examen. Seront concernées essentiellement, celles, qui comme nous, auront consacré notre temps à la vie publique et par là auront démontré leur intérêt pour la vie sociale. Nous y ajouterons les proches, les amis, les amis des amis pour les bénéficiaires qui en feront la demande. Une commission tranchera.
– Merci Monsieur le Premier.
– Je vous en prie. Autre question ? Monsieur Ussion ?
– Mais la mise en place du dispositif va coûter une fortune.
– Non car tout sera informatisé, automatisé, rationalisé.
– Je trouve cette idée géniale et je l’adopte. Ah ! bonjour Madame Mimi Pinson.
– Excusez-moi, monsieur notre Tout Puissant Président …
– Oui, je sais. Vous avez été obligée de faire un brin de toilette. Vos protégés ne sont guère reconnaissants à votre encontre, vous qui vous dévouez tant pour eux.
– Oh ! Monsieur notre Tout Puissant Président !
– Oui excusez-moi.
– Qui est contre la méthode décrite par Monsieur Fricoseil ?
– Vous Madame Mimi Pinson ? Mais vous ne la connaissez pas. Vous venez d’arriver.
– Vous nous avez demandé de nous concerter. Je l’ai fait. Je suis au courant.
– N’est-ce pas vous qui avez dévoilé à la presse une partie de notre projet ? Vous rougissez.
– Si je rougis, c’est de la colère que m’inspire votre réflexion, comme si j’étais capable de trahir ma parole. Demandez plutôt à Jaco Nexion et à Marguerite Latrique qui rigolent dans leur coin.
– Qu’est-ce qu’elle raconte cette péronnelle ? Qu’elle aille se faire voir par ses pigeons.
– Je vous en prie, c’est un conseil des ministres, un peu de dignité, un peu de tenue.
– Oui, Monsieur le Premier, vous avez raison. Excusez-nous. Mais elle m’agace avec son accusation sans preuve.
– Jusqu’à maintenant vous avez évoqué le cas de ceux de nos concitoyens qui partent à la retraite, mais pour les autres ?
– Progressivement nous les traiterons aussi. A quelle vitesse ? D’une façon accélérée mais pas trop pour que le coût de l’opération ne devienne pas prohibitif. Je pense qu’en dix ans nous en serons venus à bout. Deux millions d’examens par an, soit quatre classes d’âge, ça me paraît raisonnable.
– Qui établira le questionnaire ?
– Nous tous ici. Il y aura des questions sur le monde contemporain, les chansons, les vedettes de la télé, le cinéma, l’histoire, la géographie, l’économie, la technologie, les sciences, etc. enfin sur tout ce qu’un honnête homme de notre époque ne peut ignorer sans être une larve qui ne mérite pas de vivre.
– Et c’est vous qui parlez d’honnêteté et qui décidez qui doit vivre et qui doit mourir !
– Madame Mimi Pinson, vous dramatisez toujours tout ! Quand je parle d’honnête homme, c’est dans le sens du dix-huitième siècle et je ne décide pas qui doit vivre ou mourir, mais qui mérite ou non de creuser le déficit de la sécu. Quand perdrez-vous cette mentalité de permettre à tout le monde de vivre sur un pied d’égalité sans effort ?
– Monsieur notre Tout Puissant Président, pourquoi avez-vous refusé sa démission, elle nous gâche toutes nos réunions.
– Chut, j’en ai besoin, elle nous sert d’alibi.
– Alors si je ne suis qu’un alibi, je démissionne.
– Mais non très chère, ne prenez pas la mouche. Je plaisantais, vous savez bien. Monsieur José Palefer vous voulez dire quelque chose ?
– Merci, Monsieur notre Tout Puissant Président. Je veux simplement approuver la qualité du travail de notre Ministre des Economies, des Finances, et des Fins de Mois. Je suis entièrement d’accord avec lui. J’ajouterai que nos cultes, sectes, et dévotions aideront dans la mesure de leur moyen leurs adeptes à préparer l’examen si subtile prévu par Monsieur Jamémieux.
– Attention, il ne s’agit pas de préparer trop bien nos vieux, sinon notre mesure n’aura plus aucune efficacité. Tout le monde réussira l’examen ou alors il faudra mettre la barre trop haut et cela paraîtra suspecte à l’opposition. Vous comprenez ?
– Evidemment. Nous préparerons seulement ceux qui le méritent. Ceux qui votent bien. Cela va de soi.
– Bon, Je vous quitte. Au revoir. Monsieur le Premier, continuez sans moi avec le deuxième point à l’ordre du jour. Nous continuerons cet exposé et sa discussion au conseil numéro vingt-quatre.
– Au revoir Monsieur notre Tout Puissant Président. Messieurs Noëlotison, Nexion, Palefer, Madame Tardépoc, je vous remercie. Faites entrer les autres ministres. Bonjour chères et chers collègues.

Notre deuxième point à l’ordre du jour est la législation du code de la route relative à la signalisation du croisement des pistes cyclables ».

Quatrième épisode de la nouvelle ‘Economies’ le vendredi 9 février 2018

 

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