Les révélations et la foi

Chronique N°20 du vendredi 25 août 2017.

L’origine des maux du monde (suite)

L’histoire contemporaine et ce qui se passe autour de nous permettent de comprendre comment naissent, se développent et meurent les religions et les idéologies.

 Une histoire de PéPé

Un jour que j’étais en cours préparatoire à l’école communale de M. dans l’ancienne Seine et Oise, l’institutrice nous a amenés en promenade au stade. Je ne me rappelle plus ce qu’on y a fait mais une scène est restée gravée dans ma mémoire. Je la revois comme si j’y étais. Une espèce de gamin petit et mal foutu, que je qualifierais d’avorton (je sais ce n’est pas politiquement correct) s’est mis à poil et s’est plongé dans le long lavabo en tôle qui trônait à l’extérieur des vestiaires du stade, en gueulant avec un cheveu sur la langue épais comme une perruque : « moi jchuyi schportif ! jchuyi schportif ». C’était pour moi un spectacle parfaitement ridicule. Je me tournai vers mon voisin qui regardait le garçon bouche bée et lui lançais : « il est fou ». Il me répondit plein d’admiration : « non, il est sportif ! ».

Je compris alors comment naissaient les religions et les idéologies !

Qu’est-ce qu’une religion ?

Si on considère ce qui se passe dans l’humanité qui peuple la surface de la boule qui tourne dans le vide intersidéral autour du soleil à une vitesse considérable sur laquelle nous vivons, on s’aperçoit qu’elle est partagée en groupes d’individus plus ou moins nombreux qui, aux questions qui tarabustent l’humanité depuis la nuit des temps (au moins trois cent mille ans) : « d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? » ont chacun leur réponse

Ces réponses qui caractérisent chaque groupe sont à la base de ce qu’il est convenu d’appeler leur religion. Elles sont très nombreuses. En général elles se bouffent le nez les unes les autres. Chez les groupes qui connaissent l’écriture elles sont très élaborées. Chez les autres elles le sont plus ou moins.

Les idéologies

Les idéologies sont des sortes de religions sans dieu comme le montre l’histoire contemporaine. A l’origine de chacune d’elles on trouve un ou plusieurs personnages, les prophètes, qui se sont appuyés sur l’observation du monde qui les entourait pour concevoir une théorie qui, d’après eux, permettrait de rendre le monde plus vivable, plus harmonieux, plus juste. Ils ont eu par leur raisonnement logique la révélation de ce qu’il fallait faire pour rendre le monde idéal. D’autres individus, les apôtres ont cru à cette théorie, ou ont fait semblant d’y croire quand leu intérêt les y obligeait, l’ont répandue et l’ont imposée par la force quand il le fallait. Puis lorsqu’elle fut suffisamment mise en place une administration, un clergé, a été institué pour veiller à l’application orthodoxe de l’idéologie. Elle est censée répondre aux questions que se posent les hommes à travers une sorte de catéchisme.

Marx et Engels furent les prophètes du communisme, Lénine en fut un apôtre, Staline en fut le pape qui s’appuya sur les membres du parti et une police politique qui y croyaient pour le renforcer et le maintenir en URSS.

Hitler eut la révélation du nazisme. Il trouva des apôtres pour y croire et l’imposer à l’Allemagne et la gestapo pour en assurer le maintien.

Adam Smith est l’un des prophètes du libéralisme économique qui justifie le capitalisme, les gens qui avaient intérêt à y croire y crurent et des économistes en furent les apôtres. Des hommes politiques en assurent le fonctionnement et la pérennité.

Le nazisme s’est effondré à cause de ses présomptions. Le communisme a disparu à cause de la médiocrité de ses dirigeants. Le capitalisme durera-t-il éternellement ou laissera-t-il la place a une dictature mondiale lorsque par cupidité il aura épuisé les ressources naturelles ?

Pourquoi croire ?

L’histoire des idéologies nous aide à comprendre comment naissent les religions parce qu’elles mettent en évidence un phénomène de la nature humaine qui n’est pas pris en considération avec suffisamment de force par un philosophe tel que Michel Onfray, que j’admire cependant, lorsqu’il théorise sur la genèse des religions.

Ce phénomène est le fait qu’une partie de l’humanité, c’est à dire que des gens ont besoin de croire en quelque chose, en n’importe quoi. Le même philosophe insiste pour dire que notre façon d’être, notre personnalité, est en partie définie génétiquement. Je pense en particulier que le besoin de croire qui caractérise certaines personnes est inscrit dans leur génome de façon plus ou moins prononcée ou subtile. La croyance meuble leur existence. Croire en n’importe quoi les aide à vivre. Ils constituent le peuple crédule qui ne doute pas, qui ne remet pas en question ce que racontent soit des gens à l’autorité institutionnalisée ou autoproclamée, soit les gens de leur milieu. On dit qu’ils ont la foi. Toutes les raisons logiques possibles de douter qu’on leur soumet n’ébranlent pas leur foi. Ils croient à Dieu, au diable, à l’homéopathie, à l’ostéopathie, à la sophrologie, à la psychanalyse, à l’astrologie, à la chiromancie, à la numérologie, à la suprématie de la pensée orientale, aux médecines douces, aux gourous, aux discours d’un homme politique, aux informations des médias, à la valeur artistique des vedettes du show-biz. Ils aiment être bernés, bercés d’illusions. La réalité les ennuie. La mort leur fait peur. Livrés à eux-mêmes ils trouvent qu’il leur manque quelque chose. Mais quoi ? La magie ! Le merveilleux ! Pardi !

Proposez du merveilleux à des gens qui vivent dans la merde physiquement ou psychiquement, ils vous sauteront au cou. Prenez juste garde de ne pas les décevoir trop vite parce qu’alors ils vous assassineront. C’est ainsi que vivent les escrocs.

Un exemple ? Prenez la révolution russe de 1917. Dans l’idéologie qui l’a provoquée on trouve cette antienne : « la religion est l’opium du peuple ». Donc le première action des révolutionnaires a été d’éradiquer la religion des campagnes. Elles étaient peuplées de moujiks qui croyaient dur comme fer à cette religion orthodoxe qui leur promettait le paradis après leur vie de merde. Soixante-dix ans plus tard quand le communisme s’est effondré, la religion a ressuscité immédiatement dans toute sa splendeur, preuve que malgré les interdictions et les menaces les moujiks et leurs descendants se sont obstinés à se raccrocher au merveilleux et à la magie de la croyance en une vie après la mort. Ils ont laissé exploser leur foi au grand jour, aidés par les popes dès que cela a été possible. Le dicton populaire : « chassez le naturel, il revient au galop » rend parfaitement compte du phénomène.

Les révélations

Nos idéologies ont pour origine des révélations. C’est à dire que des types le matin en mettant leurs chaussettes (c’est bien connu, quand on met ses chaussettes on a un afflux de sang au cerveau ce qui nous rend plus intelligent. D’ailleurs les grandes inventions contemporaines, c’est irréfutable, ne sont jamais dues à des génies sans chaussette ! Même Einstein en portait !) après avoir cogité toute la nuit se disent, mais c’est bien sûr, si on tue les juifs, si on tue les riches, si on vole les pauvres, ce sera le paradis sur terre. Ce sont des révélations auto-suggérées qui ont trouvé des adorateurs pour y croire et ce fut le début d’une histoire.

Et pour les religions d’aujourd’hui ? Leur origine est très anciennes. Elles sont dues à des révélations divines (d’un temps où l’on ne portait pas de chaussettes. C’était sans importance car il ne faut pas être intelligent pour recevoir des révélations divines. Il suffit d’écouter et d’être capable de répéter). C’est à dire que des types, jamais des nanas, qui s’appelaient Abraham, Moïse, Jésus Christ, Mahomet, Bouddha, entendaient une voix intérieure ou extérieure leur raconter une histoire qu’ils s’empressaient de raconter à leur famille et à leurs copains qui se mettaient à y croire. Ceux-ci allaient à leur tour la raconter à leur famille et à leurs copains qui se mettaient à y croire, et ainsi de suite.

Et ceux qui ne voulaient pas y croire ? Ça dépendait, quand on était bien luné on les laissait tranquilles à condition qu’ils donnent des sous. Dans le cas contraire on les martyrisait et on leur coupait la tête pour leur apprendre à respecter les révélations.

Les gens se sont bouffés le nez pendant des siècles à propos des révélations et ils continuent : « ma révélation est meilleure que la tienne par ce que c’est la vraie.

– Non c’est la mienne parce qu’elle est venue après la tienne.

– Non c’est la mienne parce que mon Dieu est moins con que le tien.

– C’est pas vrai parce que le plus con c’est le tien.

– Tu dis n’importe quoi, le tien il existe pas.

– Etc. etc. etc. ».

Et ils commencent à se massacrer. Tout cela pour des révélations dont on est même pas sûrs qu’elles viennent d’ailleurs que de cerveaux fêlés.

Et aujourd’hui ? Bah ! Aujourd’hui il y a en permanence des gens qui disent avoir des révélations divines ou non. Certains finissent par devenir de riches gourous de sectes plus ou moins farfelues où l’on parle aux extra terrestres, aux anges, aux démons, à Napoléon ou à qui vous plaira. D’autres finissent en hôpital psychiatrique. D’autres encore finissent ministres, présidents de la république ou dictateurs.

Il suffit de regarder à la télé les meetings des candidats lors des élections présidentielles en France pour se rendre compte où peut mener la croyance en un homme et ses révélations. On y voit des gens debout, serrés les uns contre les autres, qui avaient l’air normaux avant d’arriver là, et qui tout d’un coup sous l’effet des parole ou de la simple présence de l’orateur, s’agitent, braillent, éructent, pleurent, rient, applaudissent, transpirent, balancent en l’air leur chapeau, leurs gosses, leur femme et des petits drapeaux. Ils sortent de là, remontés, avec la ferme intention de casser la gueule des adeptes des autres candidats, ce qu’ils font rarement en pays civilisé.

Il y a aussi ceux ou celles qui ont une ou plusieurs révélations inconscientes ou non qui les font changer soudain individuellement de vie ou d’attitude vis à vis du monde.

Il ne faut pas oublier les religions animistes. Elles sont la plupart du temps induites par des sorciers ou des chamans qui trouvent leurs révélations dans l’ingestion de champignons hallucinogènes ou d’autres drogues et qui sont prises pour argent comptant par les peuples sous leur coupe.

Liberté et croyances

Comme je l’ai dit précédemment, pour certaines personnes croire en des révélations, que ce soient les leurs ou celles d’un autre, n’est pas le résultat d’un choix entre croire et ne pas croire. Elles sont prisonnières de leur capital génétique qui les pousse à croire. Cette foi en des révélations est renforcée par une autre caractéristique de leur personnalité. Elles ont besoin d’être guidée sur le chemin ardu de la vie. Une éventuelle liberté leur fait peur.

Cette peur de la liberté renforce leur besoin de croire en des révélations qui en plus de leur donner du merveilleux les rassure dans ce qu’ils croient être leurs choix de vie. Elles sont esclaves consentantes de commandements qui leur évitent d’exercer leur libre arbitre et de s’abandonner à leurs envies.

Elles pensent ce qu’il faut penser, elles mangent ce qu’il faut manger, elles tuent qui il faut tuer.

Il en résulte que quoi qu’on en dise, les révélations, c’est à dire les élucubrations de certains cerveaux, ont été, sont et seront à l’origine de beaucoup de maux du monde appelés esclavage, persécutions et guerres encouragés ou initiés par les politiques et les riches puissants. La dernière intervention des USA en Irak en est un bon exemple.

Et les capitalistes dans tout ça ?

Aux États Unis d’Amérique, pays du berceau du capitalisme pur et dur que nous connaissons, ses principaux initiateurs et promoteurs, les WASP (blancs, anglo-saxons, protestant) ont eu la révélation ( de qui ? Je ne sais pas !) que s’ils sont riches c’est qu’ils sont élus de Dieu. Evidemment cela les arrange d’y croire. Cela leur donne bonne conscience lorsqu’ils font les pire saloperies pour s’enrichir davantage. Tant pis pour les pauvres : ils n’ont qu’à être aimés de Dieu !

Et pour les capitalistes non WASP ? Ils croient ou font semblant de croire en une loi transcendante toute puissante, qui les arrange bien, révélée par ces charlatans que sont les économistes : la loi du marché. Tant pis pour les pauvres qui doivent s’y soumettre !

Les révélations ne sont jamais que des mots. Mais avec les mots … !

Prochaine chronique le vendredi 7 septembre 2017

 

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